Arnolphe, homme d’âge mûr, s’apprête à épouser Agnès, 17 ans, placée dès son plus jeune âge dans un couvent afin qu’elle devienne une épouse docile. Une pièce datant de 1662, une mise en scène moderne qui l'inscrit dans notre temps, un spectacle résolument féministe !

 

Lue d’aujourd’hui, L’École des femmes distille un fort malaise. Malaise devant la folie totalitaire d’Arnolphe, qui a tenu à l’écart du monde une jeune fille depuis ses quatre ans dans le projet de l’épouser; malaise devant l’ignorance de cette jeune fille, dont on ne sait si elle relève d’une inadaptation au monde ou d’une ruse de survie.

Cette situation d’enfermement, à la fois physique et idéologique, est d’une violence rare ; la cruauté qui en découle va peu à peu se retourner contre Arnolphe avec l’intensité des cauchemars. Toute la pièce se déroule devant la maison qui “abrite” Agnès. Mais Molière a ménagé de mystérieuses ellipses entre les actes, pour des scènes qui se passent dans le secret de la maison, et qui seront ensuite – plus ou moins…– racontées.

Autant d’espaces de fantasme et d’appels à s’engouffrer dans le roman caché de la pièce. Comme il l’avait fait pour Tartuffe (Odéon, 2008), c’est ce roman que Stéphane Braunschweig se propose d’explorer. Au théâtre d’entrebâiller les volets fermés – pour découvrir peut-être une autre Agnès, celle qui échappe au fantasme d’Arnolphe – et de faire résonner le comique, aussi noir qu’étrange, de la folie moliéresque.

Théâtre de l'Odéon

 

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On ne peut rien contre le désir de l’autre, sa liberté d’aimer. Molière (1622-1673) les redoute, qui vient d’épouser quelques mois avant que ne soit créée L’Ecole des femmes la jeune Armande Béjart, de vingt ans sa cadette, et petite sœur de Madeleine, sa vieille maîtresse.

Photos

Illustration : L'école des femmes, Molière - Stéphane Braunschweig