Dis Oui, Nicolas Givran

L'nterprète et metteur en scène, nous parle de la reprise de ce spectacle, créé il y a 10 ans...

Quelques jours avant les premières de Dis Oui et Say Yes au TÉAT Champ Fleuri, avec Samy Pageaux-Waro, Nicolas Givran revient sur le contexte dans lequel il a souhaité reprendre cette création, 10 ans plus tard...

 

D’où vient l’envie de reprendre Dis oui 10 ans après sa création, en 2011 ?

 

C’est une demande qui m’a souvent été faite au fil des années par des gens qui l’avaient vu il y a 10 ans et qui voulaient le revoir. Et puis cette envie a finalement rencontré la nôtre, à Sami et moi. A l’époque, pour plein de raisons, nous n’avions pas pu aller au bout de notre chemin avec ce spectacle, le reprendre était une façon de ne pas laisser cette histoire inachevée. Et puis nous avions envie de nous retrouver sur scène, de revivre l’euphorie un peu fusionnelle dans laquelle nous met cet échange artistique. On a travaillé ensemble en résidence au 104, à Paris, on a pu y jouer le spectacle pour des programmateurs et on est très heureux que, 10 ans plus tard, il intéresse toujours les diffuseurs.

 

Dans la pièce, le personnage que tu incarnes agresse sexuellement une femme. Depuis la création de la pièce, il y a eu Mee Too, et le sujet des violences sexuelles a pris une autre dimension dans l’espace public ; la manière dont on l’aborde a changé. Comment envisages-tu la réception de la pièce par une audience marquée par ces bouleversements ?

 

Mon travail ne s’inscrit jamais directement dans une dimension politique ou pédagogique réfléchie, mon approche est plus intuitive et affective, mais cette histoire résonne forcément avec l’actualité. C’est vrai qu’il y a 10 ans, les violences sexuelles n’étaient malheureusement pas un sujet très médiatisé. A un moment, en effet, mon personnage croise une femme dans un bar, se méprend sur ses intentions et tente de l’agresser. A l’époque pour moi, Dis oui, c’est surtout une descente aux enfers, le dérapage dans la folie d’un jeune type paumé, seul face à l’absence du père. Il lui écrit, se débat avec sa détresse, il l’appelle à l’aide, mais face à lui, il y a ce silence total, horrible, qui lui fait perdre pied, et il s’enfonce de plus en plus profondément dans la noirceur, jusqu’à dépasser la limite. Ce sera intéressant de voir comment le public regarde ce spectacle aujourd’hui, sur le fond comme sur la forme.

 

Vous allez également proposer une version de ce spectacle version originale, en anglais – le monologue de Dis Oui est tiré des Pièces courtes de l’Australien Daniel Keene. Cette représentation unique sera jouée devant des scolaires et des programmateurs de langue anglaise issus de la zone australe. Pourquoi cette démarche, assez inhabituelle ?

 

C’est un fantasme depuis longtemps, de jouer en anglais. Je pense qu’on a tous un rapport particulier avec la langue de la pop-culture et sa mythologie. Mais c’est surtout une manière de me forcer à sortir d’un savoir-faire de comédien, de rester alerte, de chercher toujours des moyens de ne pas jouer à l’acteur. Le plus grand danger selon moi, pour un comédien, c’est de rester dans une zone de confort liée à la maîtrise de son art. Comme spectateur, ça m’ennuie. Comme metteur en scène, je recherche toujours une spontanéité, quelque chose de non-joué, dans l’approche de mes comédiens. Et comme acteur, c’est quelque chose qui me fait peur. Là, en anglais, je suis en terre inconnue : ça me fait peur aussi, mais c’est surtout très excitant.

 

Di oui, Mercredi 3 mars, 19h au TÉAT Champ Fleuri  >  Réserver et en savoir plus

 

Photos

Illustration : Givran dis oui