La pluie pleure

Nicolas Givran nous parle de sa prochaine création

Après Qu'avez-vous de ma bonté ?, l'artiste associé des TÉAT Réunion évoque avec nous sa prochaine création, à découvrir en avant-première au TÉAT Champ Fleuri les 17 et 18 septembre.

Nouvelle mue pour le polymorphe Nicolas Givran, et nouvel évènement pour le théâtre réunionnais ! Après avoir porté une très jeune génération de comédiens jusqu'au plateau de Champ Fleuri dans un poème frappeur et radicalement contemporain avec Qu'avez-vous fait de ma bonté ?, il se glisse dans les tiraillements doux-amers de l'enfance avec La Pluie Pleure. Toujours insaisissable, il explore ici d'un ricochet audacieux trois territoires inédits dans son parcours dramatique : l'univers jeune public, l'écriture narrative, et une réflexion sur la langue et l'identité créoles.

 

La Pluie Pleure marque un nouveau détour dans une œuvre jusqu’ici plutôt conseillée à des adultes avertis : le théâtre jeune public. D’où vient cette envie ?

De ma fille, principalement. J’avais envie, pour une fois, de produire un spectacle qu’elle aurait le droit de venir voir. D’autant que c’est elle qui a en partie inspiré celui-ci puisqu’en 2014, alors écolière, elle m’avait avoué être amoureuse d’une copine de classe. C’était au moment de la Manif pour tous et un jour, en voiture à Saint-Denis, on a croisé un cortège de manifestants très échaudés. Un peu choquée, elle m’avait demandé pourquoi ces gens étaient en colère. C’est de ce moment, qui m’a beaucoup marqué, qu’est né l’un des personnages du spectacle : Victor, 8 ans, amoureux d’un copain de sa classe, fugue pour remettre en main propre à la Ministre de la Justice une lettre demandant la reconnaissance des droits des "garçons-o-sexuels".

 

L’autre personnage, Ben, évoque plutôt une autre enfance : la tienne, celle d’un ado créole qui vit en banlieue parisienne et traine à Pigalle, entre culture hip-hop et nostalgie pour La Réunion…

Oui. Ben, c’est un ado schizophrène écartelé entre le souvenir de sa maman réunionnaise, qui lui apparaît dans des visions, et le fantasme d’un père inconnu. Lui est convaincu qu’il était un footballeur célèbre devenu patron d’une boîte de nuit un peu louche, et il campe devant cet espèce de non-lieu beckettien vaguement inspiré par les sex-shops de Pigalle devant lesquels je trainais quand j’étais jeune. C’est là que se passe la pièce. Être Réunionnais mais grandir en Métropole, c’est très étrange : la langue n’est plus là, à la maison, parce que les parents ne la parlent plus, mais la culture est présente au travers d’une grande nostalgie. Elle arrive en colis de piments et de saucisses, dans quelques vieux vinyles qui surgissent au milieu d’une ambiance sonore faite de dancehall des 90’s et de rap. Ce mélange est présent notamment dans la musique de la pièce, qui fait le grand écart entre Lil Wayne et Zanmari Baré, qui nous a fait le plaisir d’enregistrer pour le spectacle avec Samy Pageaux-Waro une reprise de Momon m’a pèr, vieille comptine de Sully Andoche. En tout cas, pour Ben, la quête de soi passe par ses retrouvailles avec sa langue maternelle.

 

Tu parles de musique mais plus largement, la pièce est très riche en références pop: cinéma, comics, barmaid à rollers, cowboy…

Oui, parce que c’est un spectacle jeune public mais je voulais m’y retrouver aussi. Il y a un anachronisme permanent qui passe par une multitude de références : Charles Bronson croise Spiderman et la voiture rouge des services sociaux qui effrayait les enfants réunionnais dans les années 60, les boules à neige que les Réunionnais ramenaient en souvenir de Paris à l’époque… Je voulais essayer de faire quelque chose à la Pixar : un spectacle pour les enfants où les adultes se retrouvent dans des clins d’œil. La scénographie s’appuie d’ailleurs beaucoup sur la vidéo, et notamment l’animation, pour parvenir à retranscrire toutes ces images au plateau.

 

La Pluie pleure, Nicolas Givran

TÉAT Champ Fleuri

jeudi 17 septembre à 19h 

vendredi 18 septembre à 20h.

Réservez vos places en cliquant ici.

 

 

Photos

Illustration : Nicolas GivranIllustration : Nicolas Givran