Rencontre avec Lionel Bègue

"La Fuite", première création à découvrir dans Total Danse

Lionel Bègue travaille actuellement à sa première création, "La Fuite", programmée dans le cadre du festival Total Danse 209. Partenaire des théâtres départementaux, le Théâtre Vladimir Canter accueillait l'artiste en résidence de création. Nous l'avons rencontré...

Peux tu nous parler de toi ?

Lionel Bègue : J’ai commencé la danse ici à La Réunion, à Saint-Paul au CNR (conservatoire national de région) de mes 6 ans à mes 17ans, et suite à mon cursus au CNR, je suis parti passer mon concours d’entrée au Conservatoire National Superieur de Danse et de Musique de Lyon, ensuite j’ai fait 3 années d’études supérieures à Lyon pour devenir professionnel et j’ai commencé à travailler depuis l’âge de 19 ans, donc il y’a un petit moment maintenant…

 

Tu as bénéficié d'une résidence de création au théâtre Vladimir Canter, peux-tu nous en dire plus ?

LB : La création du solo a été découpée en 4 morceaux, là c’est le 3ème morceau, c’est un peu le coeur de la création, étant tout seul sur cette résidence à La Réunion, je me suis vraiment concentré sur le corps, et c’est une pièce où j’ai décidé de travailler sur de la partition corps et l’écriture de motifs, donc j’ai vraiment passé du temps et je me suis concentré sur ce matériel corps et la danse alors qu’il y’a eu d’autres moments où j’étais plus axé sur des envies techniques, sur le rapport à la musique où j’avais beaucoup d’échanges avec les regards extérieurs.

Cette résidence à La Réunion a pour but de faire avancer et ancrer les motifs d’écriture que j’utilise dans cette pièce.

 

Peux tu nous parler de ton spectacle « La fuite » et de ce qu’il représente pour toi ?

LB : C’est un projet qui me tient à coeur depuis longtemps, j’avais très envie de travailler sur une idée que je me faisais de la transformation et de l’idée que je me faisais de l’obsolescence et de la dégénérescence.

Le moteur créatif c’est la confrontation d’une personne de mon entourage avec une maladie dégénérative, à ce moment précis dans la maladie où la personne a conscience qu’elle est en train de perdre la mémoire par exemple, dans le cas d’Alzheimer, et c’est un moment qui m’a à la fois fasciné et terrifié, ce moment où la personne a conscience de sa propre dégénérescence.

Vient ensuite se greffer sur ce moteur créatif, un mythe qui m’obsède depuis plus de 10 ans, qui est le mythe d’Actéon*. Je mets de coté l’introduction du mythe où le personnage se perd dans une forêt et finit par être transformé en cerf par Diane puisqu’il est en train de l’épier caché dans un bosquet.... Moi, ce qui m’intéresse dans le mythe c’est le moment où Actéon se retrouve face à une étendue d’eau, et il contemple son reflet dans l’eau se rendant compte qu’il est en train de se transformer en animal, mais ce que je me dis c’est que ce qu’il voit au-delà de cet animal, c’est la perspective de sa propre mort. Du coup ça vient boucler mon moteur créatif dans cette idée de double transformation, de l’homme vers l’animal et de la vie vers la mort mais aussi de double contemplation : celle de sa transformation et sa dégénérescence.

Ces deux idées là sont venues s’assembler pour lancer le projet de « La fuite » et ce solo donc donne à voir ça : une première transformation un peu insidieuse d’un état humain, vers un état animal et globalement d’un état de vie vers un état qui disparait sachant que le traitement de la dégénérescence dans le solo s’apparente plus à de la disparition qu’à de la mort. Un peu comme les pièces d’un puzzle qui s’enlèveraient petit à petit jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’autre qu’un corps en présence.

 

Quelle est la suite de ton programme ?

LB : Après cette résidence en territoire scolaire au théâtre Vladimir Canter de deux semaines, je continue la prochaine résidence au CCN de Roubaix en octobre, ensuite direction la scène nationale de Dunkerque, au Bateau Feu  pour la création « lumière » dont la première se déroulera le 7 novembre à Toulouse avant de revenir à La Réunion le 20 novembre au théâtre Canter.

Du coup cette résidence à Canter, c’est un peu le moment d’ancrer l’écriture et c’est important d’avoir des partenaires qui permettent non seulement de jouer le spectacle mais aussi d’accueillir les temps de travail et je remercie au passage le théâtre Canter et toute l’équipe parce qu’ils m’ont vraiment accueillis chaleureusement ici dans de superbes conditions et évidement je remercie  aussi les TEAT départementaux qui m’ont permis un retour aux source, travailler à La Réunion ça fait du bien.

 

 
 
Résidence au CCN de Roubaix : octobre 2019
Toulouse : le 7 novembre 2019, première de la création "Lumière"
Théâtre Canter , Saint-Denis : à partir du 20 novembre
 
 
 


* Au cours d'une partie de chasse, Actéon fut dévoré par sa meute de chiens après avoir été transformé en cerf par la déesse Artémis qu'il avait surprise nue prenant son bain dans une rivière. Ce récit apparaît dans le livre 3 des Méthamorphoses d'Ovide.

 

Photos

Illustration : Lionel BègueIllustration : Lionel Bègue La fuiteIllustration : Lionel Bègue