Total Danse : Somin, la nouvelle création de Lino Merion et Salim Seush

Résidence de création à Saint-Pierre

Après une étape de travail remarquée au Centre National de la Danse en janvier dernier pour Occupation artistique, réunissant 18 structures nationales dont les TÉAT Réunion, le krumper chorégraphe Lino Merion, artiste associé des TÉAT Réunion, est actuellement en résidence de création à Saint-Pierre avec Salim Seush, pour leur nouvelle création, Somin.

Dans le cadre du PACTE (projet artistique et culturel pour le territoire départemental) signé avec la ville de Saint-Pierre, les artistes travaillent à la création de Somin au théâtre de Pierrefonds... Lino Merion nous parle de Somin, du krump, et du travail avec Salim Seush...

 

Somin est un duo imaginé avec Salim “Seush”, krumper comorien qui a marqué ton parcours de danseur. Peux-tu nous raconter votre rencontre ?

 

Salim, alias Seush, est l’un des premiers à avoir emmené le krump en Afrique, au Sénégal, où il a vécu 10 ans. Je l’ai rencontré à Bordeaux en 2011, où il travaillait avec la compagnie Révolution. Il m’a vu danser et il m’a dit que j’étais né pour le krump. Ça m’a trotté dans la tête, et pendant un an je me suis entraîné, tout seul. Je l’ai revu l’année suivante, on s’est affrontés lors d’une battle, et je suis rentré dans sa “fame” — diminutif de “famille” dans la culture krump, une véritable structure sociale qui comprend des grades, et où l’entraide est une règle d’or. On a tout de suite lié une amitié forte, en se disant qu’un jour, quand on rentrerait dans l’océan Indien, on ferait un duo ensemble. Aujourd’hui il vit aux Comores et moi à La Réunion, donc c’était le moment d’honorer cette promesse.


L’un des enjeux de Somin est de raconter le krump lui-même, technique de danse apparentée au hip-hop, et surtout connue pour son agressivité spectaculaire…


Le krump n’est pas une danse agressive. C’est une thérapie. Ce qu’on peut voir s’exprimer, ce sont les frustrations de celui qui danse, sa colère extériorisée, et soignée. C’est souvent ce que l’on en retient. Mais le krump sert à parler de toutes ses émotions : la tristesse, l’amour, l’amitié. C’est une danse-langage. Avec Somin, nous voulons utiliser toutes les possibilités du krump pour raconter le destin de deux personnes qui se croisent, se confrontent, s’aiment, se rapprochent et s’éloignent sans jamais se perdre complètement de vue. Cette palette de choses à exprimer demande par moments de la douceur ou de la lenteur aussi bien que de la puissance, qui est l’image la plus répandue du krump.


Pour toi, le krump est aussi une philosophie et une manière de vivre. Comment la décrirais-tu ?


Le respect. C’est la valeur centrale. Dans une “fame”, on se respecte, on s’entraide. Et nos actions rejaillissent sur les autres, ce qui implique l’envie de devenir meilleur chaque jour. C’est une réflexion sur l’identité, c’est une énergie, et c’est un mode de vie, et une manière d’avancer. J’ai rencontré mon épouse grâce au krump, et aujourd’hui, je me sens responsable des personnes qui font partie de ma “fame” : on mange ensemble, on rigole ensemble, et on pleure ensemble.

 

La première de Somin est attendue le mardi 19 novembre dans le cadre de Total Danse. Infos et résa : ici

Et la pièce sera également programmée au Théâtre de Liège en 2020 !

Photos

Illustration : Lino MerionIllustration : Lino Merion Illustration : Lino Merion Pierrefonds